Le beach, un excellent complément


Bien que je n’en veuille pas à celui qui m'accuse de partialité dans mon positionnement par rapport à la pratique du beach volley pour les jeunes athlètes, je me permets tout de même de présenter une série d'arguments qui, je pense, mériteraient d'être écoutés par le jeune volleyeur et la jeune volleyeuse passionné(e) et ambitieux(euse) visant à poursuivre sa carrière en tant qu'étudiant(e)-athlète au niveau collégial/universitaire ou même professionnel.

En réalité, j'irais même jusqu'à affirmer que la pratique de ce sport en tant qu'activité secondaire ou estivale constituerait un complément enrichissant pour les volleyeurs(euses), ainsi que pour les basketteurs(euses), footballeurs(euses), hockeyeurs(euses), etc. L'essence même de ce sport offre à l'athlète un défi qui non seulement améliorerait une multitude d’habiletés, mais le(la) positionne également dans des situations à la fois divertissantes et stimulantes.

Le sable

Étant une composante principale de l’environnement du beach, le sable présente une résistance sollicitant l’ensemble des muscles stabilisateurs ainsi que du système nerveux de façon inconsciente où en oublie l’effort à force d’être absorbé par le jeu. L’activité physique dans le sable est une sorte d’entraînement en endurance qu’on peut souvent retrouver en préparation physique sous forme d’entraînements en intervalles ou de courses sur dénivelés. En fait, en plus de procurer une résistance permettant à l’athlète d’augmenter sa capacité au bout de plusieurs entraînements, le sable réduit l’impact sur les articulations en comparaison à la surface dure car il absorbe une partie de la force exercée, tout en amortissant le choc. Il est très courant pour les volleyeurs d’avoir des blessures aux genoux, aux hanches et au dos causées simplement par un grand nombre d’atterrissages sur un sol dur. Je crois que nos jeunes méritent une pause des innombrables atterrissages sur les surfaces en bois ou parfois même en béton (par exemple sur les tuiles installées dans les arénas ou les grands entrepôts lors des grands championnats canadiens) effectués tout au long de la saison intérieure. À noter, aussi qu’il est beaucoup plus agréable de plonger dans le sable que sur le parquet de l’université de Sherbrooke.

Coordination


Le volleyball, en général, est un sport qui demande un haut degré de coordination et nécessite un nombre considérable de répétitions avant de maîtriser les différentes phases du jeu. Le beach ne se contente pas seulement de remplir ces critères de réussite, mais le fait de manière encore plus complète. Outre le sable, il y a également la variabilité importante que mère-nature nous offre. Tout d'abord, il y a le vent, qui change constamment la direction du ballon, ainsi que le soleil, les nuages, la pluie, etc. De plus, la dimension du terrain, bien que légèrement plus petite (8x8m au lieu de 9x9 en volleyball intérieur), représente quand même une plus grande surface à couvrir par rapport au nombre de joueurs. Une saison complète de beach, qui représente potentiellement 40% de la durée d'une saison intérieure, fournit néanmoins une quantité de répétitions plus importante. Prenons par exemple une phase commune et simple : le service. Lors d'un tournoi de volleyball intérieur (environ 4-5 matchs/8 à 12 sets), un athlète serait sollicité au service entre 25 et 35 fois (dans un contexte de compétition) s'il joue tous les matchs du tournoi, ce qui est rare. Au beach, on parle d'environ 80 à 100 services dans une seule journée. Et je n'ai évoqué que le service ; au beach, tout le monde réceptionne, sert, attaque, passe, bloque et défend.

Aspect mental/autonomie


Le paysage sportif au Québec évolue vers une institutionnalisation croissante, avec la présence de la RSEQ, des fédérations provinciales, nationales, et parfois régionales ou municipales pour la plupart des disciplines. Il y a également des associations d’officiels et un grand nombre de clubs. Cependant, revenons à l'essentiel. Dans mes souvenirs d'enfance, nous jouions avec mes voisins dans la rue à différents sports, inventant nos propres règles, nous disputant, négociant pour maximiser notre temps de jeu avant de rentrer chez nous et de respecter le couvre-feu fixé par nos parents. Cette réalité est méconnue de la plupart des jeunes athlètes aujourd'hui, étant souvent inscrits à des programmes sportifs suivant un modèle traditionnel prescriptif. Bien que je soutienne le développement du sport à travers une approche professionnelle et structurée, permettant aux athlètes de vivre des expériences telles que les championnats provinciaux et nationaux, il est indéniable que les jeunes athlètes d'aujourd'hui sont moins confrontés à cet inconfort qui stimule l'initiative. Cet inconfort, qui pousse à aller de l'avant malgré les obstacles, est crucial pour nourrir la passion intrinsèque et la motivation. Au beach, cette expérience est amplifiée. Trouver un(e) partenaire, s'inscrire à des tournois, gérer son emploi du temps estival, prendre des décisions tactiques en équipe sur le terrain, tout cela pousse l'athlète à assumer ses responsabilités et à en vivre les conséquences, comme dans la vie. La présence d’un coach aux compétitions est facultatives et son intervention est interdite lors de matchs (variable en fonction des catégories d’âges).

L’aspect multisport

Il y a une ironie palpable dans notre culture sportive qui imprègne tout notre écosystème. Malgré les nombreux reportages, études scientifiques et témoignages mettant en lumière les dangers de la spécialisation hâtive et du manque de diversification des sports pour nos jeunes athlètes, la réalité persiste. Les systèmes scolaires et civils, avec leurs saisons intérieures débutant en septembre et se terminant avec les championnats canadiens fin mai, contribuent à ce problème. Neuf mois de volleyball intérieur, et ce n'est pas fini. Et si l'on considère les programmes d'élite, de relève, les équipes nationales, les entraînements techniques supplémentaires en été, cela s'étend même sur douze mois. En tant qu'entraîneur de volleyball intérieur moi-même, je suis conscient de l'importance non seulement de la santé mentale et physique de mes athlètes, mais aussi de leur épanouissement global. C'est pourquoi je les encourage à pratiquer tout sauf le volley intérieur en saison morte. Qu'ils jouent au beach volley, au basket, au tennis, au soccer, à la pétanque... Prenner une pause! Le beach est une alternative intéressante pour le volleyeur, c’est la même chose sans être la même chose... Penser que ta réussite en indoor te garantit la victoire au beach? Bonne chance si t’as jamais joué. En gros, décroche, profite du soleil avec tes amis. Si tu ne veux pas compétitionner, pas de souci, joue une fois par semaine avec tes chums, ça va aussi. Mais une pause te fera du bien, et si tu te maintiens en forme, tu reviendras seulement meilleur et guéri de tes petites blessures persistantes.

Au Québec, nous avons un exemple éloquent de la manière dont le beach volleyball a renforcé les performances de nos meilleurs athlètes. Peut-être n'en avez-vous pas entendu parler si vous vivez sous un rocher, mais l'équipe masculine universitaire de Sherbrooke a décroché trois médailles lors des trois derniers championnats canadiens universitaires. Cette dynastie québécoise a démontré des performances constantes au fil des années, marquant ainsi une première pour le volleyball masculin québécois avec trois médailles consécutives. Une corrélation intéressante émerge entre cette génération d'athlètes et la création du programme d'équipe du Québec en beach, basé à Sherbrooke. Le travail d'Annie Martin et de Vincent Larrivée, tous deux ayant participé aux Jeux olympiques d'Athènes et de Londres, a indéniablement influencé le parcours de la majorité de cette cohorte d'athlètes qui ont arboré le vert et l'or. J'ai eu l'occasion de les voir tous évoluer sur le circuit québécois de beach, que ce soit de manière régulière ou occasionnelle. Certains d'entre eux se sont entraînés tout l'été, tandis que d'autres ont participé à quelques tournois ici et là. Cependant, une chose est claire : il s'agit de l'équipe universitaire qui possède le plus d'expérience en beach volleyball de toute l'histoire du Québec, et de loin. Leur système de jeu et leur style révèlent clairement des compétences développées dans un environnement prônant la créativité et l'adaptabilité. Bien sûr, ces athlètes exceptionnels doivent également leur succès au travail acharné de leur équipe d'entraîneurs et à la belle cohésion de leur équipe, mais il serait impossible de nier la contribution du beach volleyball à leur réussite.


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